Plateforme des Confessions Religieuses de Centrafrique - PCRC
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  Nouvelle

21/01/2019 - Bangui

L'insertion socioprofessionnelle des jeunes et des femmes : une solution au problème du chômage et un chemin vers la paix et le développement


 Le chômage un atout ? Plutôt surprenante cette déclaration que nous a faite Bacilia Fred Armel (1). Sans naïveté, conscient des dangers et des conséquences néfastes et dramatiques que représente le chômage, ce spécialiste en conception de projet interpelle les entrepreneurs pour qu’ils offrent du travail décent et l’Etat pour crée un environnement légal favorable à l’esprit d’entreprenariat.

 PCRC-CellCom – Que pensez-vous du chômage de longue durée en Centrafrique ?

Bacilia Fred Armel (BFA) - C’est  une situation dramatique en Afrique en général, et particulièrement en Centrafrique. Le marché de l’emploi ne croît pas assez rapidement pour les accueillir. Peu de personnes trouvent un emploi correspondant à leurs capacités ? Et beaucoup continuent à souffrir, car dans certaines entreprises et institutions de l’Etat, les salaires sont extrêmement bas. Parmi eux, il y a de plus en plus de diplômés, et leur nombre ne cesse d’augmenter ces dernières années. Ces diplômés quittent les universités sans emploi qui les attende. Il est vrai que beaucoup ont choisi des filières moins professionnelles, plutôt que des formations techniques.

En premier lieu, l’absence de travail crée un sentiment d’exclusion et d’inutilité qui entraîne violence, toxicomanie et extrémismes.  Des années d’enseignement perdues, ces jeunes font de leurs gouvernants la cible de leur frustration. Cherchant leur propre voie, ils manifestent dans les rues, s’affrontent sur les campus et constituent le gros des troupes en cas d’émeute.

A Bangui par exemple, les jeunes qui ont un emploi n’ont que des emplois précaires, à faible productivité, le plus souvent dans le secteur informel. Ils gagnent moins que le salaire minimum et ne sont pas en mesure d’assurer à leurs familles des conditions de vie décentes. Ils souffrent donc d’une bien plus grande pauvreté et sont fortement exposés aux risques, compte tenu des conditions dans lesquelles ils vivent et travaillent.

En zones rurales, le secteur agricole, qui regroupe la majeure partie des travailleurs, souffre d’un sous-emploi saisonnier. Un grand nombre travaillent moins d’heures qu’ils ne le souhaiteraient, gagnent moins que leurs homologues des villes, utilisent moins leurs qualifications et sont généralement moins productifs.

 PCRC-CellCom – Comment s'organiser pour s'en sortir ?

BFA Il y a plusieurs moyens d’améliorer la situation de l’emploi en Centrafrique. Il y a d’abord la formation : il est essentiel que le pays continue à développer la formation, l’éducation continue et l’enseignement, ainsi que tous les moyens d’améliorer les compétences, en accordant une attention particulière aux jeunes. Mais la formation professionnelle ne doit plus être considérée comme un simple moyen de « ramener à l’école » les jeunes pour lesquels le système éducatif de base a échoué. Il faut un système de formation qui assure aux jeunes un maximum de compétences durables (maîtrise de la lecture, de l’écriture et du calcul), et de compétences pour l’apprentissage tout au long de leur carrière. Elle doit améliorer les compétences liées à des technologies précises et les développer par la suite sur le lieu de travail.

Beaucoup comptent aussi sur une agriculture moderne qui pourrait être un moyen très important de création d’emplois et de richesse, et absorber un grand nombre de jeunes candidats à la migration ou de jeunes qui font actuellement ployer les villes sous le sous-emploi. Mais pour cela, il faut trouver les stratégies qui rendent l’option agricole suffisamment attractive pour que les jeunes s’y engagent. Il faut, entre autres, passer d’une agriculture centrée sur la subsistance à une agriculture qui se soucie davantage de la commercialisation, des gains de productivité par l’innovation technologique et de l’appui des infrastructures. Les régions rurales pourraient devenir plus attrayantes pour les jeunes travailleurs, ce qui, à la longue, freinerait l’exode rural. 

On peut encore encourager la diaspora centrafricaine à investir. Les migrants peuvent contribuer à la création d’emplois par le biais des envois de fonds. Des Africains à l’étranger ont, dans plusieurs pays, financé des projets collectifs dans leur village (la poste, le système d’alimentation en eau potable, des dispensaires communautaires et la rénovation des écoles). De même, les migrants de retour peuvent tirer parti de leur expérience et de leurs contacts pour établir des entreprises. Ces réseaux de migrants doivent être considérés comme un actif et être mieux exploités. Voilà une piste pour la diaspora centrafricaine.

PCRC-CellCom – Que faire pour mettre un terme à cela ?

BFA Vous savez, on ne peut pas mettre fin au chômage, mais plutôt réduire son taux. Même dans les pays développés, le chômage est d’actualité. Pour le cas de la Centrafrique, je proposerais l’insertion socioéconomique des jeunes et des femmes.

Le chômage des jeunes est inquiétant. Le marché du travail est tendu, notamment dans les villes, avec les migrations et l’exode rural, l’essor des ONG internationales à tout coin de rue. Cette problématique s’insère dans celle plus générale de l’insertion socioéconomique des populations défavorisées. Le chômage affecte surtout les ruraux, les jeunes et les femmes. Les jeunes désœuvrés constituent, compte-tenu des caractéristiques propres à ce groupe et de la fragilité des systèmes sociaux et politiques, une véritable bombe à retardement qui peut embraser toute la RCA à tout moment, si rien n’est fait pour la désamorcer.

Il y a lieu de mieux affiner l’analyse sur la question de l’insertion socioéconomique des jeunes et des femmes, comme moyen de réduction de la pauvreté, de création des richesses, de prévention des conflits et donc de renforcement de la stabilité sociopolitique. Actuellement, les politiques semblent en panne d’idées originales face à la montée du chômage des jeunes.

Trois pistes pourraient être explorées: i) allouer plus de moyens aux initiatives en faveur de l’emploi des jeunes – ce que nos dirigeants ne feront jamais (à mon avis); ii) systématiser l’évaluation des politiques publiques d’emploi pour être sûr que la question de l’emploi des jeunes et des femmes est correctement prise en compte; iii) inscrire comme plan transversal dans tous les domaines et à tous les niveaux le renforcement des compétences entrepreneuriales des jeunes et des femmes, par la formation appropriée et l’accompagnement financier ou non financier des porteurs de projets, la formation des formateurs dans l’accompagnement des jeunes micro entrepreneurs, le renforcement des compétences pratiques chez les jeunes. Ce sont ces compétences qui permettent de croire en l’avenir et de développer chez les jeunes les capacités de critiques et le sens citoyen leur permettant de dire non aux entreprises aventureuses.

 PCRC-CellCom – En ce temps de crise dans notre pays, pensez-vous que le chômage est un atout ou un danger ?

BFA : Je commencerais d’abord par dire que le chômage est un atout pour des entrepreneurs conscients et des Etats soucieux de l’avenir de la jeunesse. Il y a donc urgence en la matière et fort heureusement, cette population jeune et dynamique dispose du potentiel nécessaire pour un renouveau économique, à condition qu'elle soit soutenue par des réformes ciblées, à court et à long termes. Pour répondre aux aspirations de leurs populations de jeunes en pleine croissance, les responsables étatiques seraient bien avisés de promulguer des politiques qui améliorent les niveaux de productivité et l'environnement des affaires pour stimuler le commerce et l'investissement.

Hélas le chômage est aussi un atout pour les fauteurs de trouble, les responsables des groupes armés. C’est une main-d’œuvre à vil prix, et qui plus est est dynamique et déterminée aussi.

Et, dans ce sens, le chômage est un danger pour la population qui n’aspire qu’à un lendemain meilleur. Un danger pour l’avenir du pays, comme je l’ai souligné dans l’une des questions précédentes. Je me répète en ces termes :  Les jeunes désœuvrés constituent, compte-tenu des caractéristiques propres à ce groupe et de la fragilité des systèmes sociaux et politiques, une véritable bombe à retardement qui peut embraser toute la RCA à tout moment, si rien n’est fait pour la désamorcer.

PCRC-CellCom – En quoi le chômage est-il un danger pour le vivre-ensemble et la cohésion sociale ?

BFA – Les  mauvaises politiques entretiennent la pauvreté qui entraîne à son tour le déséquilibre social. Ce déséquilibre social à son tour créera des inégalités sociales, des comportements antisociaux des uns (moins nantis) envers les autres (nantis ou moyennement nantis).  s.

 PCRC-CellCom – Doit-on rester les bras croisés pour attendre l'emploi ? Ou l'on peut aussi se lancer dans l'entrepreneuriat ?

BFA – Cette question me rappelle un de mes écrits sur la généralisation de la protection sociale, le travail décent selon les objectifs du développement durable. Je précise que la manne ne tombera plus jamais. Vous êtes d’accord avec moi qu’il est écrit quelque part : « Aide-toi, le ciel t’aidera ! » Je reviens sur le travail décent. Le travail décent résume les aspirations des êtres humains au travail. Il regroupe l’accès à un travail productif et convenablement rémunéré, la sécurité sur le lieu de travail et la protection sociale pour les familles, de meilleures perspectives de développement personnel et d’insertion sociale, la liberté pour les individus d’exprimer leurs revendications, de s’organiser et de participer aux décisions qui affectent leur vie, et l’égalité des chances et de traitement pour tous, hommes et femmes. De ce fait, on ne peut prétendre avoir un travail en restant les bras croisés !

© PCRC- CellCom – Eustache Michael Mounzatela

 

  • Monsieur Balcilia Nathanaël Fred Armel est un spécialiste en conception des projets éducatifs et ingénieur des travaux informatiques. Il est également un professionnel des sciences de l’éducation et consultant permanent à Triangle Génération Humanitaire.

 

 

 

Publié par le PCRC