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  Nouvelle

05/07/2018 - Bangui

La mauvaise gestion des ordures ménagères à Bangui met à mal le vivre-ensemble


Dans le Quartier Fou de Bangui, sur l’avenue de l’Indépendance, une odeur pestilentielle remplit l’atmosphère. Au niveau du marché, une décharge publique déborde jusque dans la rue. Casquette bleue sur la tête, grosses chaussures couvertes de boue, Paterne y déverse une brouette pleine d’ordures ménagères. C’est la part de la journée, en attendant le prochain jour.  

Depuis plusieurs semaines, les immondices de ce quartier et d’une soixantaine d’autres à travers la capitale ne sont plus évacuées. Tout semblait pourtant marcher il y a deux années, lorsque le Premier ministre Mathieu Simplice Sarandjie avait lancé l’opération ‘toumba zéndé’, ce qui signifie assainissement de l’espace public. Les problèmes ont commencé lorsque cette initiative applaudie par tous a été mise en stand-by. Comme pour confirmer l’adage qui dit que la fin d’une chose vaut plus que son commencement.

Il y a encore trois décennies, Bangui était admirée de tous et passait pour l’une des plus belles d’Afrique. On la surnommait « Bangui la Coquette ». Mais ce n’est plus qu’un souvenir lointain. Les habitants ont commencé à appeler la capitale « Bangui la roquette » ou « Bangui la Poubelle », tant il était rare de voir une rue non parsemée d’ordures.

Revenons au présent ! Depuis quelques mois, le spectacle des décharges temporaires a pris des proportions inédites. Près de l’Hôpital général de Bangui, à l’entrée du complexe pédiatrique, des nuées de mouches entourent un gigantesque tas d’ordures dans lequel plusieurs dizaines de garde-bœufs picorent leur nourriture. Il faut préciser que tous les déchets organiques et médicaux sont déversés en cet endroit, dans des bacs à ordures totalement remplis. De gros rats ont élu domicile dans cette montagne d’immondices. Ils y se la coulent douce. Les passants souvent se bouchent le nez, accélèrent le pas en sautant les eaux de pluie ou se faufilant entre les véhicules qui passent toutes vitres fermées.

« Prenez des images et montrez-les au Premier ministre et au maire de Bangui », lance un passant. Même constat fait à proximité de la mosquée détruite, située sur l’avenue de l’Indépendance. Un chantier d’immondices malodorantes règne en seigneur dans cette partie de la ville.

« Avant, à l’époque de Bokassa, les camions passaient, tous les deux ou trois jours, pour ramasser les ordures. C’était propre. Mais maintenant, rien », déplore Jexis, un retraité qui attend le bus en face d’une décharge à Pétévo. « Jusqu’à quand vont-ils nous laisser dans cette situation ? Nous sommes quand même des humains », s’emporte un quinquagénaire désabusé, alors que plusieurs passants déplorent le manque d’engagement des autorités dans l’assainissement de la ville.

La paix et le vivre-ensemble dans le pays passent aussi par la salubrité publique. On ne pourra pas vivre en paix et s’occuper de ses affaires si des épidémies se déclarent à cause de la mauvaise gestion des montagnes d’ordures qui empestent l’air. La pollution est un vecteur dangereux des maladies, dont le paludisme, première cause des décès dans les hôpitaux de la République centrafricaine.

Par contre, la bonne gestion des ordures publiques et ménagères contribue à l’amélioration du cadre de vie des populations. Le retard dans l’évacuation des immondices pose un vrai problème de santé publique, car les décharges sont des foyers de microbes. Évacuer ces immondices, c’est soigner en amont au lieu d’attendre de guérir des gens malades.

Et pendant que nous observions les tas de déchets qui venaient d’être secoués par le passage d’une pluie torrentielle, des bacs à ordures sortaient des quartiers ; direction le même tas d’ordures qui reçoit un lot supplémentaire. D’ici demain que va devenir ce lot d’ordures alors que le ciel annonce une nouvelle averse ?

©PCRC-CellCom - Michael Eustache Mounzatela

Publié par le PCRC